lundi 11 mars 2013

Du Féminisme



Quand on lit certains avis sur le féminisme (que ce soit de la part d'hommes comme de femmes), il y a de quoi avoir peur:

GG, lycéenne, 19 ans: «Je ne suis pas féministe, parce que je pense qu’il n’y a plus vraiment de raisons de l’être. Ce qui devait être obtenu le droit de vote, l’évolution de l’image de la femme au foyer…, l’a déjà été. Par rapport à d’autres pays, on est vraiment très bien lotis.»

A et D G, professeurs, 45 ans: «On a moins besoin de revendiquer, parce qu’en France, beaucoup de choses sont déjà acquises.»

Une notaire de 42 ans: «Pour moi, le féminisme a une connotation négative, parce que les militantes sont trop extrêmes. Celles qui rejettent les hommes et disent vouloir assumer seule leur famille me dérangent.»

KP, 18 ans, étudiant en génie mécanique: «Les activistes de Femen, je les trouve limite. Si leur seule façon de s’exprimer, c’est de se mettre seins nus… Ça ternit l’image des féministes, elles perdent en crédibilité.»

PG, 52 ans, communicant: «Avec les problèmes de chômage et de pauvreté, le féminisme n’apparaît plus comme une priorité.»

Source : Ouest-France du 08/03/13


Il est vrai que quelques mouvements féministes ne donnent pas la meilleure image qui soit mais tous les groupes féministes ne sont pas FEMEN (pour ne citer que ce qui gêne vraiment l'opinion) et le féminisme d'aujourd'hui n'est plus celui de 68. Les mouvements ont évolué et les combats ont changé avec l'obtention de certaines égalités et de certains droits. Cependant, le féminisme a encore lieu d'être, n'en déplaise à certains, que ce soit chez nous, en Europe, en occident ou ailleurs dans le monde. Et on ne peut pas, on ne doit pas, se contenter de se battre pour soit même et son petit monde. L'évolution de notre société doit aussi passer par celle des autres.


Mais, définissons tout d'abord le féminisme:

Le féminisme est une ensemble d'idées politiques, philosophiques et sociales cherchant à définir, promouvoir et établir les droits des femmes dans la société civile et dans la sphère privée. Il s'incarne dans des organisations dont les objectifs sont d'abolir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont victimes. (wikipédia) 

Le féminisme n'est plus ni moins qu'un mouvement anti-sexiste. Chacun et chacune aura sa façon de se définir en tant que féministe, se sentira plus ou moins proche de tel ou tel courant de pensée, de telle ou telle organisation mais le but final restera le même: une certaine équité de la place de la femme dans la société face à celle de l'homme. Et les hommes n'en sont pas exclus, bien au contraire. L'évolution voulue par le féminisme ne peut se faire qu'avec eux et non contre eux.
Quand on dit «féminisme», beaucoup (hommes ou femmes) pensent lobby et haine des hommes. Cela c'est du féminisme radical, présent il est vrai mais non majoritaire, comme tout mouvement extrémiste. Malheureusement, c'est celui que l'on remarque le plus et qui stigmatise la cause féministe dans son ensemble. Je vous demanderai donc de ne pas en faire cas et de penser le féminisme autrement.
Les féministes ne sont rien d'autres que des hommes et des femmes qui tentent de faire évoluer la société vers plus d'égalité pour le bien de tous et pas seulement de la gente féminine.


Les sujets défendus par le féminisme sont divers et variés (tout comme la façon dont ces combats sont menés mais là n'est pas mon sujet), pour autant je ne pense pas que certains soient plus importants que d'autres au point de les négliger, voire de les nier. Minimiser ce qui peut passer pour de la broutille revient à dévaloriser la lutte pour la condition féminine.

Prenons l'exemple de «l'affaire du Mademoiselle», petit détail qui a son importance. Du fait d'une mauvaise communication autour de la question, l'opinion publique n'a pas compris le fond du problème. Celui-ci était uniquement administratif. En effet, faire la distinction entre «mademoiselle» et «madame» sur les formulaires mettait en avant la situation matrimoniale des femmes, différentiation non faite pour les hommes, précision inutile et sexiste d'autant qu'à l'origine elle servait à savoir si la femme dépendait de l'autorité de son père («mademoiselle») ou de son époux («madame»). Je pense que je n'ai pas besoin d'aller plus loin dans ma démonstration, l'important à retenir étant que l'état français et son administration ont enfin reconnu le changement de situation de la femme dans la société.
Cependant, la formule de politesse, voire de séduction, orale n'avait rien à voir dans le débat mais malheureusement beaucoup de gens n'ont rien compris et ont tout confondu, faisant passer le débat comme inutile pour la cause et puéril. Et entendre encore maintenant: «Mademoiselle, ah non, pardon ça ne se dit plus, Madame, [...]», de la part d'hommes se trouvant souvent malins pour un tel trait d'esprit, m'agace énormément et montre à quel point le féminisme a encore beaucoup à faire pour changer les choses et faire évoluer les mentalités, même quand il s'agit de petits détails.


Penser que le féminisme n'a plus lieu d'être c'est ignorer le machisme-ordinaire qui nous entoure. Cela vous paraît normal, à vous, de se faire aborder dans la rue par des pseudo compliments et de se faire traiter de salope parce qu'on ne répond pas? D'entendre qu'une femme a réussi parce qu'elle est jolie? Que oui, elles ont des compétences, mais dans «leur» domaine, celui qui tourne autour de la maternité et du foyer? Et je ne parle pas des différences de rémunération ni du fait que les postes à mi-temps sont tenus en majorité par des femmes. Laquelle d'entre nous n'a pas été un jour confrontée au «soupçon d'incompétence», que ce soit dans sa vie professionnelle, associative ou même personnelle? Laquelle n'a pas eu un jour un doute sur sa légitimité? Et parmi les hommes, nombreux sont ceux qui, même de façon inconsciente, renvoient ces questions.
Le machisme-ordinaire, nous y sommes tous et toutes confrontés tous les jours et la première chose que l'on peut faire pour s'en débarrasser, c'est commencer par le remarquer et, comme l'aurait dit Stéphane Hessel, s'en indigner. Car non, il n'y a pas de «gène du ménage» et une femme camionneur n'est pas forcément homosexuelle. Une femme qui se promène en jupe, même très courte, ne le fait pas pour aguicher ces messieurs, ne leur en déplaise. Une femme portant décolleté a aussi la capacité de réfléchir et prendre les décisions adéquates.


Alors oui, le féminisme a encore et toujours sa raison d'être et chacun y a sa place à prendre. Et d'ailleurs, êtes-vous bien sûr de ne pas déjà être un peu féministes?...

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