Quand
on lit certains avis sur le féminisme (que ce soit de la part
d'hommes comme de femmes), il y a de quoi avoir peur:
GG,
lycéenne, 19 ans:
«Je ne suis pas féministe, parce que je pense qu’il n’y a plus
vraiment de raisons de l’être. Ce qui devait être obtenu le droit
de vote, l’évolution de l’image de la femme au foyer…, l’a
déjà été. Par rapport à d’autres pays, on est vraiment très
bien lotis.»
A
et D G, professeurs, 45 ans:
«On a moins besoin de revendiquer, parce qu’en France, beaucoup
de choses sont déjà acquises.»
Une
notaire de 42 ans:
«Pour moi, le féminisme a une connotation négative, parce que les
militantes sont trop extrêmes. Celles qui rejettent les hommes et
disent vouloir assumer seule leur famille me dérangent.»
KP,
18 ans, étudiant en génie mécanique:
«Les activistes de Femen, je les trouve limite. Si leur seule façon
de s’exprimer, c’est de se mettre seins nus… Ça ternit l’image
des féministes, elles perdent en crédibilité.»
PG,
52 ans, communicant:
«Avec les problèmes de chômage et de pauvreté, le féminisme
n’apparaît plus comme une priorité.»
Source :
Ouest-France du 08/03/13
Il
est vrai que quelques mouvements féministes ne donnent pas la
meilleure image qui soit mais tous les groupes féministes ne sont
pas FEMEN (pour ne citer que ce qui gêne vraiment l'opinion) et le
féminisme d'aujourd'hui n'est plus celui de 68. Les mouvements ont
évolué et les combats ont changé avec l'obtention de certaines
égalités et de certains droits. Cependant, le féminisme a encore
lieu d'être, n'en déplaise à certains, que ce soit chez nous, en
Europe, en occident ou ailleurs dans le monde. Et on ne peut pas, on
ne doit pas, se contenter de se battre pour soit même et son petit
monde. L'évolution de notre société doit aussi passer par celle
des autres.
Mais,
définissons tout d'abord le féminisme:
Le féminisme est une ensemble d'idées politiques, philosophiques et sociales cherchant à définir, promouvoir et établir les droits des femmes dans la société civile et dans la sphère privée. Il s'incarne dans des organisations dont les objectifs sont d'abolir les inégalités sociales, politiques, juridiques, économiques et culturelles dont les femmes sont victimes. (wikipédia)
Le
féminisme n'est plus ni moins qu'un mouvement anti-sexiste. Chacun
et chacune aura sa façon de se définir en tant que féministe, se
sentira plus ou moins proche de tel ou tel courant de pensée, de
telle ou telle organisation mais le but final restera le même: une
certaine équité de la place de la femme dans la société face à
celle de l'homme. Et les hommes n'en sont pas exclus, bien au
contraire. L'évolution voulue par le féminisme ne peut se faire
qu'avec eux et non contre eux.
Quand
on dit «féminisme», beaucoup (hommes ou femmes) pensent lobby et
haine des hommes. Cela c'est du féminisme radical, présent il est
vrai mais non majoritaire, comme tout mouvement extrémiste.
Malheureusement, c'est celui que l'on remarque le plus et qui
stigmatise la cause féministe dans son ensemble. Je vous demanderai
donc de ne pas en faire cas et de penser le féminisme autrement.
Les
féministes ne sont rien d'autres que des hommes et des femmes qui
tentent de faire évoluer la société vers plus d'égalité pour le
bien de tous et pas seulement de la gente féminine.
Les
sujets défendus par le féminisme sont divers et variés (tout comme
la façon dont ces combats sont menés mais là n'est pas mon sujet),
pour autant je ne pense pas que certains soient plus importants que
d'autres au point de les négliger, voire de les nier. Minimiser ce
qui peut passer pour de la broutille revient à dévaloriser la lutte
pour la condition féminine.
Prenons
l'exemple de «l'affaire du Mademoiselle», petit détail qui a son
importance. Du fait d'une mauvaise communication autour de la
question, l'opinion publique n'a pas compris le fond du problème.
Celui-ci était uniquement administratif. En effet, faire la
distinction entre «mademoiselle» et «madame» sur les formulaires
mettait en avant la situation matrimoniale des femmes,
différentiation non faite pour les hommes, précision inutile et
sexiste d'autant qu'à l'origine elle servait à savoir si la femme
dépendait de l'autorité de son père («mademoiselle») ou de son
époux («madame»). Je pense que je n'ai pas besoin d'aller plus
loin dans ma démonstration, l'important à retenir étant que l'état
français et son administration ont enfin reconnu le changement de
situation de la femme dans la société.
Cependant,
la formule de politesse, voire de séduction, orale n'avait rien à
voir dans le débat mais malheureusement beaucoup de gens n'ont rien
compris et ont tout confondu, faisant passer le débat comme inutile
pour la cause et puéril. Et entendre encore maintenant:
«Mademoiselle, ah non, pardon ça ne se dit plus, Madame, [...]»,
de la part d'hommes se trouvant souvent malins pour un tel trait
d'esprit, m'agace énormément et montre à quel point le féminisme
a encore beaucoup à faire pour changer les choses et faire évoluer
les mentalités, même quand il s'agit de petits détails.
Penser
que le féminisme n'a plus lieu d'être c'est ignorer le
machisme-ordinaire qui nous entoure. Cela vous paraît normal, à
vous, de se faire aborder dans la rue par des pseudo compliments et
de se faire traiter de salope parce qu'on ne répond pas? D'entendre
qu'une femme a réussi parce qu'elle est jolie? Que oui, elles ont
des compétences, mais dans «leur» domaine, celui qui tourne autour
de la maternité et du foyer? Et je ne parle pas des différences de
rémunération ni du fait que les postes à mi-temps sont tenus en
majorité par des femmes. Laquelle d'entre nous n'a pas été un jour
confrontée au «soupçon d'incompétence», que ce soit dans sa vie
professionnelle, associative ou même personnelle? Laquelle n'a pas
eu un jour un doute sur sa légitimité? Et parmi les hommes,
nombreux sont ceux qui, même de façon inconsciente, renvoient ces
questions.
Le
machisme-ordinaire, nous y sommes tous et toutes confrontés tous les
jours et la première chose que l'on peut faire pour s'en
débarrasser, c'est commencer par le remarquer et, comme l'aurait dit
Stéphane Hessel, s'en indigner. Car non, il n'y a pas de «gène du
ménage» et une femme camionneur n'est pas forcément homosexuelle.
Une femme qui se promène en jupe, même très courte, ne le fait pas
pour aguicher ces messieurs, ne leur en déplaise. Une femme portant
décolleté a aussi la capacité de réfléchir et prendre les
décisions adéquates.
Alors
oui, le féminisme a encore et toujours sa raison d'être et chacun y
a sa place à prendre. Et d'ailleurs, êtes-vous bien sûr de ne pas
déjà être un peu féministes?...
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